La création de postes s’est installée comme une habitude, sans audit sérieux ni priorisation. Pendant que l’organigramme grossit, la bureaucratie s’alourdit — et les missions essentielles (sécurité, propreté, commerce, mobilité) reculent.
Il faut se souvenir d’un moment clé de cette législature. Dès le début du mandat, lors d’un Conseil communal interminable de plus de six heures, les forces responsables s’étaient unies pour empêcher la création massive d’environ soixante postes supplémentaires que la Municipalité voulait imposer à la ville. Pendant des heures, nous avons argumenté, démontré, alerté. Nous avons expliqué que cette fuite en avant était dangereuse, financièrement insoutenable, et qu’elle ouvrirait la porte à une dérive administrative impossible à contrôler.
Nous avions vu juste. Nous avions averti. Mais la majorité violette-rouge a refusé d’entendre. Elle a voté, imposé, et ouvert les vannes. Cette soirée restera comme l’acte fondateur d’un mandat marqué par l’hypertrophie administrative : un tournant où la Municipalité a appuyé sur l’accélérateur sans jamais regarder le niveau du réservoir.
Depuis ce jour, la machine ne s’est jamais calmée. Année après année, budget après budget, la création de postes est devenue un réflexe automatique. Un besoin ? On engage. Un projet ? On engage. Une nouvelle idée “participative” ou idéologique ? On engage encore. La Municipalité n’a jamais su dire non. Elle a remplacé la gestion par la croissance, le pilotage par l’empilement, la responsabilité par la facilité.
Résultat : la masse salariale atteint aujourd’hui des niveaux jamais vus à Yverdon-les-Bains. Elle avale une part grandissante du budget et augmente mécaniquement chaque année, rendant toute maîtrise de plus en plus difficile. Plus grave encore, cette multiplication de postes n’a pas été accompagnée d’une réflexion sérieuse sur la productivité, la réorganisation interne, l’efficacité des services, la priorisation des missions ou la pertinence des projets. On n’a pas réformé, on n’a pas rationalisé, on n’a pas modernisé : on a simplement engagé. Toujours plus.
Ce que nous dénoncions il y a trois ans est désormais une évidence. L’administration s’étale, se complexifie, se bureaucratise. La ville dépense davantage en “gouvernance” qu’en services directs aux habitants, pendant que les processus deviennent plus lourds, plus lents, plus coûteux. Et surtout, trop de ressources sont aspirées par des postes liés à des projets secondaires, alors que les priorités réelles restent en souffrance : sécurité, propreté, vitalité commerciale, mobilité simple, santé financière.
Pendant que la Municipalité recrute, le pouvoir d’achat recule. Pendant que les organigrammes grossissent, les commerçants ferment. Pendant que les finances plongent dans le rouge, on invente de nouvelles fonctions. Il y a un gouffre entre les priorités de la Municipalité et celles des habitants.
Reprendre le contrôle, c’est arrêter l’inflation de postes, auditer l’administration, réaffecter avant d’engager, et geler les recrutements tant que les finances ne sont pas stabilisées. Il est temps de remettre de l’ordre et de gouverner avec courage, pas avec la facilité de l’engagement permanent.

