Eau froide, coûts qui dérapent : le malaise Y-CAD

Sur les réseaux, les témoignages s’accumulent : inconfort, chauffage insuffisant, charges en hausse. Avant de vendre un système comme une évidence, une question s’impose : est-ce que ça marche vraiment pour les gens ? Témoignage de Raluca qui a vécu cela en Roumanie socialiste. 

La rumeur enfle sur les réseaux sociaux. Certaines personnes se plaignent du froid dans leur appartement et de l’explosion des coûts de chauffage depuis le raccordement au chauffage central à distance. Petit tour des ratés en Suisse romande. 

En Suisse romande (et proche), plusieurs projets de chauffage à distance ont été stoppés ou ont déçu. À Founex, un CAD-bois lancé vers 2014 a été abandonné en 2017, la complexité et la facture ayant explosé. À La Neuveville, le pré projet a été rejeté, jugé trop lourd. À Crans-Montana, une centrale à plaquettes a été retirée puis repensée autrement. À Epalinges/Lausanne, une extension a été abandonnée côté Epalinges après oppositions, Lausanne poursuivant différemment. Ailleurs, des réseaux ont peiné : à Givrins, pas assez de raccordements pour atteindre le “régime de croisière”; à Morges (Marcelin), dysfonctionnements et pertes ont mené à la faillite de l’exploitant; à Genève, la contestation a surtout été tarifaire, avec accusations de surfacturation. Même piège, souvent : coûts sous-estimés, base de clients insuffisante, procédures qui traînent, risques techniques… et, au final, ce sont les habitants qui paient.

C’est là qu’il faut écouter ceux qui subissent quand “le système” ne tient pas ses promesses. Raluca, 10 ans, en Roumanie, raconte l’hiver dans un immeuble glacé. Le matin, elle voit des fleurs de glace sur la fenêtre. C’est joli, mais elle tremble. Son père apporte un radiateur électrique près du lit, juste assez pour oser se lever. Ses parents réchauffent même ses vêtements devant l’appareil, sinon enfiler des habits froids est un supplice. Se brosser les dents devient un combat : l’eau est si froide qu’elle fait mal, alors on attend parfois qu’on chauffe un peu… et on se fait gronder parce qu’on est en retard.

Le dimanche, l’eau chaude est “une amie rare”. Dix étages, quatre appartements par étage : on ouvre le robinet, on attend, on espère. L’eau arrive tiède, puis disparaît. Raluca a encore du shampoing sur la tête quand la chaleur s’en va. Sa mère revient avec une casserole d’eau chauffée à la cuisine. Et Raluca parle aussi des piqûres contre le rhumatisme, “à cause du froid”.

Pourquoi raconter ça, ici, maintenant, dans un débat sur des réseaux, des centrales, des raccordements ? Parce que derrière chaque système “moderne”, il y a une question simple : est-ce que ça fonctionne, vraiment, pour les gens ? Est-ce que c’est maîtrisé, transparent, robuste, contrôlable… ou est-ce que ça devient une machine à coûts, à retards, à dépendances, où l’usager n’a plus que ses yeux pour pleurer — et une casserole sur la cuisinière pour se laver ?

Un service de chaleur, ce n’est pas un slogan. C’est un besoin vital. Et avant de signer des millions sur la base de promesses, il faut penser à la seule chose qui compte : que, le matin, un enfant n’ait pas besoin d’un radiateur de fortune pour oser sortir de son lit.

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